23 mai 2017

Petit déjeuner chez Tiffany



Avant "De sang froid" (1965), grand succès de vente, Truman Capote avait écrit "Petit déjeuner chez Tiffany" (1958), une longue nouvelle (120 pages format poche) que le Folio n°364 propose avec trois short stories : "La maison de fleurs", "La guitare de diamant" et "Un souvenir de Noël". Elles confirment les énormes aptitudes de cet écrivain d'une grande sensibilité et élégance, que la dépendance aux drogues ont trop vite effacé du paysage littéraire. Rien n'apparaît dans ces récits du personnage loufoque, snob et excentrique de la vie publique. Au contraire, c'est délicatesse, tact et accents poétiques.

Lectures en vacances



Bref compte-rendu de lectures nonchalantes, hors d'atteinte du quotidien, entre deux balades sous les embruns iodés.

Pierre Magnan, cet amoureux des Alpes de Haute Provence et de Giono, signait en 1976 un roman policier classique et donnait vie au commissaire Laviolette. "Le sang des Atrides" est un récit attachant, à l'intrigue emberlificotée. Écriture soignée, griffe de Magnan.

"Auprès de l'assassin", quelle tristesse cette histoire navrante, un peu angoissante, mais triste surtout de lire ce qui s'apparente à un scénario de série télévisée, laconique, sans âme et sans style.  

"Dans le train" : Christian Oster console grandement du précédent par une narration singulière. La précision et la profondeur de l'auto-analyse permanente du narrateur cisèlent le portrait psychologique de cet homme et d'une femme – grâce à la maîtrise du discours indirect – qui lient connaissance sur le quai d'une gare. C'est inattendu, authentique et si bien fait qu'on en éprouve presque de la gêne, car c'est nous qui sommes soudain là dans le roman, dans nos pudeurs, désirs et justifications maladroites, pleins du droit d'aimer et de l'espoir de l'être en retour. La rencontre amoureuse, vieille comme le monde, un thème qui ne lassera jamais tant que les auteurs sauront si bien le renouveler. On a beau s'agacer que chez Minuit, on dirait les "produits dérivés d'une marque grand style" (Sophie Divry), chez moi, c'est bingo ! à chaque coup. Vous pouvez Feuilleter les premières pages.

17 mai 2017

Trouver son style ou avoir du style ?

Sur base d'un chapitre remanié de son essai "Rouvrir le roman", Sophie Divry propose dans Le Monde Diplomatique un article intitulé "La mystérieuse affaire du style" où elle reprend le sujet de la pluralité des styles, revisitant la maxime "le style c'est l'homme" (Buffon, 1753). 

"Au lieu de se poser la question «Comment exprimer mon moi ?», il faudrait se demander : « Quel est le but esthétique et moral de mon texte, et quels sont les moyens stylistiques les plus adaptés à celui-ci ? » Car, ne nous leurrons pas, l'obsession de se distinguer du vulgaire étant ce qui rassemble les artistes de siècle en siècle, les écrivains dérivent facilement de la recherche d'un style à l'exaltation de leur ego. S'efforcer à une pluralité stylistique permet au contraire de s'extraire de la vanité de l'écrivain-moi-même-unique-au-monde. Toutefois, l'injonction d'être multiple serait aussi stupide que l'injonction d'être unique."



Addendum à "14 juillet"

En complément de la chronique publiée ici, un article de Véronique Bergen dans "La Quinzaine Littéraire" sur "14 juillet" de Éric Vuillard.  

Elle jauge l'auteur : "L'écriture véloce suit le mouvement de la fabuleuse effervescence d'un peuple déterminé à briser ce qui le brise, à épouser la cause de la liberté, quitte à tutoyer la mort. Rares sont les écrivains à pouvoir, comme Éric Vuillard, porter le verbe au point où il soulève les matières, la pâte même du réel, et pas seulement des images." Et elle relève "la richesse lexicale, la beauté vive et sans apprêt du style".


Dylan


"Depuis ses commencements, la littérature s'est nouée au chant, à la poésie orale. Sacrant Dylan comme figure du barde homérique ayant renoué avec l'aube de la littérature, le jury ne laisse point entendre que le verbe nu ne se suffit plus à lui-même. À travers Dylan, l'académie a reconnu une littérature qui a configuré notre époque. Sacraliser la poésie électrifiée n'est pas ipso facto enterrer une écriture ne pariant que sur son rythme muet."

Véronique Bergen - La Nouvelle Quinzaine Littéraire (n°1160, novembre 2016)

7 mai 2017

Savoir vivre

"Il avait tout lu, tout digéré, il avait pensé, jour après jour, année après année, 
à tous les problèmes humains et il ne savait pas faire certains gestes, 
entrer dans une auberge, s'asseoir à table."

Georges Simenon - Les inconnus dans la maison



5 mai 2017

Air

"Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve..."
Antoine de Saint-Exupéry
    

Sanicole Airshow 2015 (Hechtel)

3 mai 2017

Le message

"Si les connaissances de l'Homme à travers les siècles se sont enrichies pour déboucher sur notre monde moderne, c'est bien que le message s'est complexifié depuis les origines. Cela, nous le devons à quelques hommes qui ont ajouté à ce que leur avaient donné les autres une part sortie d'eux-mêmes et que le message ne contenait pas avant eux. Les autres sont morts, bien morts, alors qu'eux vivent encore en nous, souvent inconnus mais présents. Ils vivent encore en nous puisque ce qu'ils ont apporté au monde humain continue sa carrière au sein de notre système nerveux. Nous savons que ce qu'ils ont apporté au monde, c'est une construction neuve qu'ils ont fait naître des associations rendues possibles par les zones associatives de leur cortex orbito-frontal. Ne sont-ils pas les seuls en réalité à pouvoir assumer pleinement le nom d' « Homme » ?"

Henri Laborit  - Éloge de la fuite


1 mai 2017

Le retour du fils

"Calvin n'articulait point de phrases. Il se contentait de hurler, de jurer : «J' vais te secouer les puces, moi, rugissait-il. Eh, les petites ! Vangie ! Beck ! Sarah ! » Les sœurs étaient déjà là. Dans leurs longues jupes, elles semblaient avoir franchi la porte comme des ballons sur un torrent, et elles poussaient des cris perçants, dominés par la voix du père qui rugissait et tonnait. Son habit – la redingote du dimanche, redingote de riche ou de retraité –  était entrouverte, et il fouillait près de sa taille, du geste de quelqu'un qui cherche son pistolet. Mais il se contenta de détacher une ceinture de cuir et, la brandissant, il se précipita au milieu des trois femmes qui sautillaient comme des oiseaux et poussaient des cris perçants. «Je t'apprendrai, hurlait-il. Je t'apprendrai à t'enfuir de chez moi.» Par deux fois, la courroie s'abattit sur les épaules de Nathaniel. elle retomba deux fois avant que les deux hommes s'étreignissent. 
En un sens, c'était par jeu : une sorte de jeu mortel, mi-sérieux, mi-souriant, le jeu de deux lions, qui aurait pu tout aussi bien laisser des marques que n'en pas laisser. Ils étaient là, debout, face à face, poitrine contre poitrine : le vieillard grisonnant avec son visage émacié et ses yeux pâles de Nouvelle-Angleterre, différent en tous points du jeune homme au nez en bec d'aigle et aux dents blanches qu'un sourire découvrait."

William Faulkner - Lumière d'août 




29 avril 2017

Le fond de la rade

"Un jour je vous emmènerai, il y a des endroits ici, au fond de la presqu’île, qui ressemblent à l’Amérique du Sud. Je ne suis jamais allé en Amérique du Sud, mais j’ai vu des choses à la télévision, j’ai vu les rivières limoneuses où les arbres jettent un regard de fatigue sur l’eau grise, eh bien quelquefois ici c’est pareil, et alors on sent qu’on peut y perdre son âme, en tout cas qu’elle glisse sans mal dans les branches des arbres, dans le camaïeu de vert qui borde l’eau et les murets de pierre, qu’elle est prête à se perdre dans l’étendue plane et les dunes pierreuses qui hésitent où finir. Il faut comprendre cela, j’ai dit au juge : passé le goulet d’étranglement, ce n’est plus le large océan ni la force du vent qui vous époumone, mais presque l’eau stagnante, l’odeur de vase qu’on trouve dans les rivières, voilà à quoi ça ressemble, le fond d’une rade. En un sens, la rade, c’est l’océan moins l’océan."