21 avril 2018

Enquête familiale


Le magnifique DC-2 de la KLM en couverture, qu'on imagine envolé par-dessus les nuages vers des hauteurs céruléennes, est un détail mineur de ce récit (mais quelle allure, dites !) qui m'a poussé, vertus de l'image, dans les premières lignes d'Isabelle Spaak où la curiosité s'est muée en intérêt pour une enquête familiale sur les traces de sa mère et sa grand-mère.

17 avril 2018

Faulkner : limites et pouvoirs du langage

Nous avons déjà effleuré, dans "Le bruit et la fureur", les failles significatives du discours de Faulkner. "Tandis que j'agonise"(1930), ma lecture préférée parmi les romans du début, offre à André Bleikasten ("Une vie en romans", pp 256-275) un terrain propice pour prolonger la réflexion sur les vides du langage. 

14 avril 2018

Carnet à Rio

Traduit du brésilien par Jean-Paul Bruyas.

"Ce que les hommes appellent amour" est considéré comme le récit le plus autobiographique de l'auteur brésilien Machado de Assis (1839-1908).

Un diplomate à la retraite, à Rio de Janeiro en 1888, est pris en amitié par un vieux couple sans enfants, les Aguiar, dont l merveilleuse vieille dame pourrait avoir été inspirée par la propre épouse de Machado (ils n'eurent pas d'enfants). Ces personnes se lient avec une belle jeune femme, Fidélia, veuve Noronha, qu'ils considèrent comme leur fille, tandis qu'ils désespèrent de voir jamais revenir Tristan d'Europe, qui fait aussi figure de fils adoptif. La sœur du diplomate parie avec son frère que la veuve Noronha, inconsolable mais ravissante personne, ne se remariera jamais, et certainement pas avec lui, seul et la soixantaine. 

9 avril 2018

Journal

13 juillet.
Sept jours sans une note, un fait, une réflexion ; je peux même dire huit jours puisque aujourd'hui encore je n'ai rien à signaler. Je trace ces lignes uniquement pour ne pas rester longtemps sans écrire. Ce n'est pas une mauvaise habitude que de noter ce qu'on voit et pense, même si c'est pour dire qu'on ne voit ni ne pense rien.


Je reviendrai plus tard sur ce roman qui se présente comme le journal intime bien tourné d'un diplomate brésilien retraité. 

30 mars 2018

Salut professeur

Une pensée triste : Clément Rosset est décédé ce 27 mars. Ces derniers temps, il me parle au jour le jour à travers "Le Réel - Traité de l'idiotie". Je songe aussi à un essai concis sur Schopenhauer et au plaisir de relire le traité sur l'illusion ("Le réel et son double") qui me fit découvrir, à soixante ans,  que la philosophie sait être lumineuse. 

"Les différents aspects de l'illusion [...] renvoient à une même fonction, à une même structure, à un même échec. La fonction: protéger du réel. La structure: non pas refuser de percevoir le réel, mais le dédoubler. L'échec: reconnaître trop tard dans le double protecteur le réel même dont on croyait s'être gardé. Telle est la malédiction de l'esquive, de renvoyer, par le détour d'une duplication fantasmatique, à l'indésirable point de départ, le réel." (Le réel et son double).


Retour élogieux et instructif sur l'homme et le philosophe dans Lemediapresse (par Frédéric Schiffter).

13 mars 2018

Du bord de la vie

Peut-être, dis-je. Peut-être que tu vas trop vite. Je ne te connaissais pas, Jeanne. Je ne peux pas aller si vite. Dans l'idéal, ce que j'aimerais, c'est que tout s'arrête, mais je ne peux pas m'arrêter avec toi. Moi, si jamais je dois revivre un jour, j'aimerais que ce soit sur le bord de quelque chose, qu'il y ait quelque chose à voir du bord où je vivrais, et que je prenne le temps de le voir en me disant que c'est ça, peut-être, vivre, regarder quelque chose qui n'est pas à proprement parler la vie mais qui la rappelle, un reflet, une photo, pendant que là où l'on est la vraie vie, celle qui s'échappe, la vraie vie coule, elle, mais toi, je veux dire moi, tu regardes ailleurs. Et même quand ton regard tombe sur toi tu t'arrêtes, tu fais un pas de côté en prenant garde de tomber toi-même dans ce vide au bord de quoi tu vis, et tu regardes, et tu dis j'existe, mais toi, Jeanne, non, tu ne veux pas attendre, tu ne veux pas regarder, je ne sais pas ce que tu veux, dis-je. Mais je sais ce que je ne veux pas.
Tu es complètement fou, dit-elle avec simplicité.

Christian Oster - Loin d'Odile (2001)

12 mars 2018

L'été à dix-sept ans

Traduit de l'anglais par Gabrielle Rolin

Ma première crainte à l'issue de la présentation du roman (Charles Dantzig) était de buter sur les maladresses d'un roman de jeunesse, Truman Capote l'aurait écrit dans les vingt ans, préférant le laisser dans l'ombre par la suite. L'autre appréhension était liée à cette réplique de Gore Vidal, donnée par Dantzig, dans la guerre de chats que se livrèrent les deux écrivains gays : "Capote, je ne peux pas le lire car j'ai du diabète" : alors, "La traversée de l'été", un roman confiture? 

4 mars 2018

Arcadie

La lettre de donna Giulia présente à cet endroit une étrange irrégularité: un simple alinéa ne suffit pas, il faut, dirait-on, une page blanche à la vieille dame pour reprendre son récit. Peut-être intimidée elle-même par son émotion, a-t-elle eu besoin d'une pause et, cessant d'écrire, s'est-elle approchée de la fenêtre. Elle a longuement regardé l'évasement du jardin et la perspective lointaine du parc qui le délimite. En apparence, c'est une Arcadie : un de ces lieux qui semblent incapables de retenir les souvenirs, tant ils s'en remettent au cours égal des saisons, à la stricte répétition des rituels de la nature qui semble impliquer une durée sans mort. Aujourd'hui, de fins nuages se répandent de très haut comme autant de largesses du ciel, et toute chose en reçoit l'éclat d'une lumière d'aurore. Mais ce qui la fait d'autant plus tressaillir, c'est la pensée que sa petite-fille ait pu respirer justement ici, dans toute cette paix, cette verdure qui à présent – nous sommes en avril – se développe, jeune et fraîche, comme fripée encore par le gel, alors qu'à l'époque – c'était un 20 septembre – elle s'abandonnait immobile à la lumière lente et délicieuse des couchants de l'été finissant.

Mario Pomilio - Noël 1833



3 mars 2018

Noël 1833

Traduit de l'italien par Christophe Carraud.

Alessandro Manzoni, écrivain italien majeur du 19e siècle, jette désespérément dans un carnet l'ébauche d'un poème à Dieu: "Oui, comme tu es terrible...". C'est Noël, nous sommes en 1833, son épouse Enrichetta agonise et mourra quelques jours plus tard. Le poète tentera d'étoffer deux ans plus tard les vers de ce "Noël 1833qu'il ne termina jamais
Voilà les documents dont l'on dispose : deux ébauches de poèmes et quatre lettres de Manzoni où il mentionne la disparition de sa femme et, un peu plus tard, de sa fille aînée. 

26 février 2018

L'endurance de Shackleton

En matière d'aventures marines, je restais sur un récit décevant ("Le passage" de Pietro Grossi dont la postface mentionne que cet amalgame moyennement rendu de mer et de rapports père-fils n'est que fiction, ruinant à mes yeux une saveur déjà fade). J'étais en outre resté rêveur devant l'image ("Les explorateurs belges") du vaisseau gelé d'Adrien de Gerlache captif des glaces et de la nuit antarctique durant des mois. J'étais prêt pour tenter une nouvelle aventure dans les régions polaires, vraie et détaillée : je fus servi.
L'Endurance de Ernest Shackleton prisonnier du pack